Monique Paul
Les sirènes des ambulances
hachent le silence des rues
et le cri du vent
Le sifflement du vent
enlace les tours tristes
une corneille observe
Le soleil orange
s’endort dans les nuages
la ville s’illumine
lune ronde et froide
cerisiers décharnés
mon chien vadrouille
Une tour en parpaings
donjon d’escaliers
une chaise appuyée au mur
Les roses rouges pleurent leurs pétales
entre leurs épines
l’averse continue
Brouillard sur la prairie
l’herbe éveillée en gelée blanche
Le chien tout fou
Les arbres s’ébrouent
les nuages roses
que le ciel étire
Entre les fils barbelés
les voiles d’araignées
les vaches curieuses
Un champ labouré
un faucon traque sa proie
récolte des carottes
Déjà l’aube grise
une chauve-souris perdue
s’est trompée de nuit
Frissons du béton
autoroute sans fin
quatre grands moulins brassent l’air
Nuages violets
trois faucons en vol plané
sous la pluie au soleil.
12h34, devant l’athénée
sous les tilleuls
après-midi de grand-mère
Devant la maison
pelouse semée de noix
aie mes vieux genoux !
Lumière orangée
bogues sur le chemin
mes bottes dans la boue
Caisses pour les pommes de terre
empilées dans le champ
des coquelicots autour
Ses fesses enrobées
son pantalon bas
en tram, quel apocalypse !
Fin voile de brouillard
suspendu au-dessus du pré
un geai s’égosille
Effeuillé le sumac rouge
couche ses feuilles au sec
entre les pages d’un livre
Très loin, le cortège de phares
un faucon chasse seul
les vaches dorment encore
Une aube pluvieuse
sur un piquet gris
un merle chante
Une étoile entre deux cimes
la grande Ourse à côté
le vent a frémi.
Crissements des feuilles
sur la terrasse
tant de pommes à peler !
Traînée laiteuse
qu’un avion trace
chuchotements des dernières feuilles
Un moineau dans la cuisine
fait son petit tour
ressort sans panique
Ciel orange
petite pluie calme
c’est le jour des morts
Dans le ciel tout blanc
deux mouettes en avance
sur l’hiver annoncé
Dans un ciel tout noir
un avion tel une étoile filante -
le glouglou de l’eau dans l’égout
Gelées verte, rouge, jaune
à laquelle succomberai-je ?
tentation chimique !
Le parc Gulbenkian
deux pigeons gourmands
picorent dans mon assiette.
L’aile de l’avion
le pelage noir des nuages
l’orange du ciel au loin
Des paniers d’orange
un croissant, un café
l’avion n’attendra pas
De l’ouate en nuages
la lune navigue au travers
de ce ciel caillé
Soleil bas d’automne
et les têtes de la hêtraie
deviennent mordorées
Les plantes s’enturbannent
de tissus arachnéens
demain il gèle.
Le pic-vert craintif
pour forer le sorbier
a mis son chapeau rouge
Un trou dans le ciel
pour la lune pleine
les nuages s’encourent
Trois flèches oranges
les avions découpent le ciel
mais le froid est entier
Dans une bulle blanche
les bruits s’étouffent
deux pas, quatre pattes dans la neige.
Un châtaigner a accroché
deux, trois de ses feuilles
aux barbelés du pré
Le brouillard laiteux
s’est répandu sur le pré
le chien tout mouillé !
Le champ gelé
des merles engourdis
peinent à voler
La lune pleine, blafarde
hésite à tomber
sur la ville lumineuse
Le pré devenu lac
la lune dans son ciel laiteux
c’est quoi cet hiver ?
Un hêtre majestueux
tombé comme un « I »
barre le chemin creux
L’homme affamé, perdu
assis sur les pavés -
son chien pour refuge
Grands hêtres éblouissant
de givre -
trois chevaux en manteau
Quelques étoiles trouent les nuages
La chouette hulule
Dans le vent sibérien
Quelques étoiles
dans un trou de nuages
le renard viendra
La prairie s’est réveillée
toute vérolée
par les taupinières
Les appels rauques
du renard en quête d’amours
le chien se fige
Au-dessus de l’étang
cris de colère des corneilles
trois faucons en chasse
Dans le souffle du vent
mes pieds écrasent le gel
comme du sucre sur le sol
Debout les mots !
- Périodique de la Maison du Livre.
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